Archives mensuelles : septembre 2010

Musique, maestro !!!

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Musique !

MUSIQUE !!!


eh bien, non !

« Lait noir du petit matin nous te buvons le soir
Nous te buvons midi et matin nous te buvons la nuit
Nous buvons et buvons
Un homme habite la maison tes cheveux d’or Margarete
tes cheveux de cendre Sulamit il joue avec les serpents
il crie jouez plus douce la mort la mort est un maître venu d’Allemagne
il crie plus sombres les violons et alors vous monterez en fumée dans l’air
alors vous aurez une tombe dans les nuages où l’on gît non serré »

(paul celan – todesfüge – 1945)


eh bien, non ! la musique et la mort, la poésie et la mort, et pourquoi pas, la Culture et la mort, autrement dit, l’impossible, l’inacceptable de la musique, de la poésie, de la Culture, on n’y est pas condamnés ad vitam aeternam.

de même, nous ne sommes pas automatiquement condamnés à reconnaître dans le lieu-auschwitz le point d’origine à partir duquel nous contruire, tout construire.

par-delà ces lieux vides, auschwitz, treblinka, et les autres, il nous faut, maintenant encore, toujours, tenter de re-tisser, continuer à re-tisser ce lien avec les origines, que le coup de hache nazi avait momentanément brisé : ce lien qui est constitué de la narration tronquée, menteuse, sporadique, fantasmée, trompeuse, chaotique, re-structurante de nos lignées, de l’enchaînement des générations qui nous ont précédé, et qui nous ont produits. comment ? en  traversant auschwitz et treblinka, en les nommant pour – à défaut de les comprendre et a fortiori  de se les représenter – pouvoir à tout le moins les parler et les penser (nommer c’est « trouer l’impensable »). avec nos corps vivants – malgré les nazis – malgré tout. quand même.

il y a bien un « avant » et un « après » la shoah. cela constitue une effraction dans la langue et une brisure irréparable dans l’Histoire. pour autant, une fracture dans l’Histoire ne fait pas origine. ni pour de grands groupes humains, ni pour chaque une des familles prise dans le cataclysme. auschwitz n’est rien, ne peut, ne doit être rien d’autre qu’ une « horrigine », dans laquelle se reconnaître ne donne rien, ne construit rien…sauf du biologique : le  radical contraire de l’humain.

nous départir de l’horrigine, nous ré-inscrire dans la narration du temps, l’écoulement des générations fait barrage à l’éternel ressassement, au  retour éternel et maniaque vers l’ossuaire. c’est le parti-pris qu’il nous faut adopter,  le pari que nous devons faire – et le gagner est loin d’être assuré – si nous voulons que nos enfants aient une chance d’entrer dans l’avenir en marchant droits et sur leurs jambes, et pas comme le disait le triste valéry, à reculons et sur la tête.

MUSIQUE !


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